Cet article ne sera pas une étude du grand mammifère africain ni une biographie de Sir David Attenborough. Nous allons plutôt nous pencher sur un effet insidieux qu’on rencontre souvent lors de nos réunions. En effet, celles-ci peuvent parfois être dirigées par un leader charismatique qu’on appelle un HiPPO. Ce type de profil peut être à l’origine d’effets pervers. Nous allons donc chercher à savoir ce qu’est un HiPPO ? Comment il se manifeste mais surtout pourquoi il est parfois dangereux ? De quelle manière éviter qu’il perturbe la productivité et la prise de décision des meetings ?

Hippopotame
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Qu’est-ce qu’un HiPPO ?

Le terme HiPPO est un acronyme anglais qui signifie Highest Paid Person’s Opinion. Autrement dit, l’avis de la personne la mieux payée. L’HiPPO est aussi très souvent la personne qui a le plus d’expérience dans la salle et par voie de conséquence naturellement la plus écoutée. À ce moment là, on parle d’effet HiPPO.

Dans la suite de l’article, le terme HiPPO fera, la plupart du temps, référence à l’individu plutôt qu’à son avis.

Comment l’effet HiPPO se manifeste-t-il ?

Les préceptes de la philosophie agile nous indiquent que les membres d’une équipe ont tous un poids équivalent. Du product owner au développeur en passant par l’UI designer, etc… Ce rapport de force permet de libérer les échanges et favoriser les interactions au sein du groupe. Ainsi, en confrontant les avis, même s’ils sont divergents, le produit en sortira consolidé. Cette notion est largement abordée dans l’article qui discute de l’appartenance de la manière de fabriquer un produit numérique.

Malheureusement, il arrive parfois que pendant ces échanges productifs et propices à l’innovation, un HiPPO intervienne. Fort de son expérience et son bagage intellectuel, il sera en mesure de proposer une hypothèse qui sera à ses yeux une certitude. Dans la plupart des cas, après son intervention, les participants de la réunion se plieront à son avis même s’ils sont en désaccord. La suite du débat sera fortement biaisée dans la mesure où les langues resteront liées. Voilà la manière dont l’effet HiPPO peut se manifester.

A la suite de quoi, l’ambiance sera ternie dans les bureaux. Les collaborateurs en désaccord qui n’ont pas osé exprimer leur point de vue passeront leur temps à maugréer. Rien de tel pour réduire l’implication des individus et augmenter leur mécontentement. On comprend donc les conséquences désastreuses qui peuvent survenir à la suite d’une situation anodine.

Dans la suite de l’article, nous verrons un exemple pratique de l’effet HiPPO dévastateur pour une entreprise.

Un célèbre HiPPO

Le magazine économique américain Forbes relate la triste mésaventure de Ron Johnson, ancien directeur des ventes chez Apple devenu CEO chez J. C. Penney une grande chaîne de magasins américains.

En novembre 2011, fort de son succès chez Apple, Ron Johnson débarque chez J. C. Penney. Son arrivée s’accompagne d’une belle enveloppe de bienvenue de 52 millions $. À la lumière de cette information, on peut sans nul doute affirmer qu’il faisait partie des plus gros salaires de l’entreprise.

Lors de son éphémère aventure, il aurait fait preuve d’un dédain explicite à l’égard du travail de l’ancienne équipe responsable de la communication en se basant davantage sur son instinct. Mais aussi, n’aurait pas été à l’écoute des clients de J. C. Penney plutôt friands des prix barrés et des remises intéressantes. Tout ça aura pour résultat de faire perdre à l’entreprise prêt d’1 milliard $ et faire chuter de 50% sa capitalisation boursière.

Fort de son expérience, de sa fortune ou de son ego et à cause de son manque de considération envers ses clients et ses équipes, Ron Johnson est sûrement devenu le plus célèbre businessman à produire l’effet HiPPO le plus dévastateur de tous les temps.

Comment éviter l’effet HiPPO?

Évidemment, pour éviter de tomber dans ce genre de traquenard, il suffirait d’avoir des collaborateurs et un management rompus à la philosophie agile et focalisés sur l’écoute et la fabrication d’améliorations orientées utilisateurs. Étant donné qu’on ne vit pas dans le Tubbydome Supertronic, il va falloir s’armer efficacement pour faire face à ce type d’effets négatifs.

Tout d’abord, il faudrait que les équipes de fabrication connaissent leurs utilisateurs cibles. Qu’elles connaissent leur persona. De cette façon, elles seront plus à même de collecter des données utiles. À partir de ces informations, les membres de l’équipe pourront répondre aux préoccupations de la personne la mieux payée et trouver un compromis.

Sinon l’autre moyen de contourner l’obstacle de l’effet HiPPO consiste à organiser une pré-réunion pour trouver un consensus avant de se confronter à l’HiPPO. Ça leur permettra d’avoir une voix plus forte. Évidemment, cette méthode coûte chère puisqu’on multiplie les points de synchronisation.

Conclusion

L’article n’est pas une invitation à déclarer la guerre aux HiPPO et enfiler son gilet jaune. Non ! Tous les HiPPO ne sont pas des Ron Johnson remplis de certitudes indéboulonnables qui font preuve de dédain envers leurs collaborateurs. De plus, ne vous y trompez pas, ils n’ont pas tous forcément le plus haut salaire de la réunion comme l’acronyme tend à la faire penser. Il suffit qu’il ait un ego un peu trop fort pour produire l’effet HiPPO.

Ce qu’il faut retenir est plutôt le fait de bien connaître ses utilisateurs, de constamment écouter leurs feedbacks en consultant la data pour ne plus s’appuyer sur des hypothèses et ainsi se rapprocher des attentes de sa cible. De cette façon, les équipes rassureront les HiPPO ou au moins sauront argumenter face à leurs inquiétudes.