Depuis quelques années, le processus de design a changé, a évolué. Avec lui, la naissance d’un nouveau métier : l’UX Researcher. Son rôle ? Utiliser une multitude de méthodes d’investigations pour ajouter du contexte et des insights au processus de design.

Pour tenter d’en comprendre davantage sur ce métier, nous avons interrogé Maxime, UX Researcher chez nous !

Hello Maxime, peux-tu te présenter ?

Je suis Maxime Péré, ancien doctorant en psychologie cognitive au Luxembourg, sous la direction de Vincent Koenig et Carine Lallemand qui ont une certaine notoriété dans l’UX francophone, mais pas seulement.

Quelles études as-tu suivies pour en arriver au poste d’UX Researcher ?

J’ai un parcours très classique, qui représente, d’après le dernier questionnaire francophone distribué par Raphaël Yharrassarry, le parcours typique d’un tiers des UX.

© Questionnaire UX – Raphaël Yharrassarry

C’est-à-dire que, mon bac de Sciences économiques et Sociales en poche, je m’inscris à l’université de Toulouse II en psychologie. J’y suis d’abord un large éventail de sous-disciplines, comme la psychologie cognitive, la psychologie clinique, la psychologie du développement, et la psychologie sociale. Je me spécialise en troisième année de licence dans la psychologie cognitive et l’ergonomie cognitive.

Je continue ma lancée sur un master de psychologie cognitive qui s’appelle ECIL, pour Ergonomie Cognitive et Ingénierie Linguistique. Je fais le parcours Recherche (et non pas Professionnel) de ce master, dans lequel je rencontre l’UX, un peu par hasard, en feuilletant des articles pour mon mémoire sur “Le sentiment d’auto-efficacité et la compatibilité support/tâche”. L’année suivante, pour mon mémoire de master 2, je choisis donc comme sujet de m’intéresser à l’UX directement, qui commence à doucement être investiguée par les chercheurs, plus seulement les professionnels. Je choisis un sujet plutôt théorique: “L’expérience utilisateur : relations entre utilisabilité, esthétique, affects et comportements pendant une tâche de recherche d’informations sur tablettes Windows”, sous la direction de Franck Amadieu, Julie Lemarié et André Tricot.

Une fois mon Master de recherche en psychologie cognitive obtenu, je rentre dans le même master, mais dans le parcours Professionnel, maintenant appelé ECIT-FH pour Ergonomie Cognitive, Innovation Technologique et Facteur Humain tout en continuant à regarder des offres de thèses. Et bingo !, une offre de thèse sort, sur l’UX, co-dirigée par Carine Lallemand. Je saute sur l’occasion et entre dans le doctorat avant d’avoir fini mon master Professionnel.

Je quitte la thèse au Luxembourg et m’installe à Lille, où j’ai la chance d’être recruté par La Mobilery qui offre un poste d’UX Researcher, et me voilà.

Qu’est-ce que l’UX Research dans les grandes lignes ?

Process d’UX design © Carine Lallemand – “Méthodes de design UX” première édition

C’est une question beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Les débats parmi les praticiens de l’UX sont toujours d’actualité, et s’interrogent sur ce qu’est l’UX, qui/que sont les UX designers, etc. D’ailleurs, l’article scientifique de Carine Lallemand le plus lu et cité à ce jour (dans le monde de la recherche), publié en 2015, s’intitule “User Experience: A concept without consensus? Exploring practitioners’ perspectives through an international survey”.

Comme il est précisé dans l’article: “While some authors question the added value of UX compared to established concepts such as usability, ergonomics or user acceptance (Barcenilla & Bastien, 2009), some also agree that UX is a ‘‘truly extended and distinct perspective on the quality of interactive products’’ (Hassenzahl, 2008)”.

Personnellement, je me place dans l’approche de Marc Hassenzahl. Il considère que nous sommes aujourd’hui dans une société de plus en plus post-matérialiste, dans laquelle on ne se contente plus d’accumuler des biens matériels. Aujourd’hui, nous recherchons plus que cela. Cela passe par un désir de sens, d’utilité, de simplicité… tout ce qui crée une bonne expérience utilisateur.

L’UX research, c’est la discipline qui consiste à chercher, non pas aveuglément mais en s’appuyant sur des méthodes (plus ou moins guérillas et standardisées) et théories issues du champ des sciences humaines et sociales (ethnologie, psychologie, sociologie…), quels sont les paramètres clés qui jouent sur la qualité de l’interaction d’un utilisateur avec un système. En d’autres termes, un UX researcher, tel que je le vois, est un spécialiste des sciences humaines qui cherche à comprendre pourquoi et comment une personne utilise tel ou tel objet, de telle ou telle manière.

Pourquoi La Mobilery a-t-elle créé le poste de UX Researcher ?

La vraie question serait plutôt pourquoi d’autres entreprises du numérique (mais pas seulement) n’ont pas encore ouvert de poste d’UX researcher chez eux ?!

La vision post-matérialiste de Hassenzahl que je défends apporte la première clé de réponse : les gens ne cherchent plus la quantité et l’accumulation dans leurs interactions avec leur environnement et la technologie, mais la qualité. Pour la qualité, il ne faut pas seulement une technologie qui “marche bien”, stable, utilisable, efficace. La technologie doit aussi avoir un caractère hédonique, c’est-à-dire subvenir à des besoins psychologiques communs à tous les êtres humains (sécurité, accomplissement, sens, relationnel…). Le marché de la technologie suit cette demande et se dirige donc très fortement dans cette direction. Si La Mobilery a créé un poste d’UX researcher, c’est probablement parce qu’elle est consciente de ce déplacement des affects et de la demande, et que comprendre les “utilisateurs” est nécessaire pour subvenir à cette demande, autrement dit à leurs besoins.

En tant qu’UX Researcher, quelles sont tes missions ?

Ma mission consiste à devenir le garant ou garde-fou de l’utilisateur. En le plaçant au centre de ma démarche de recherche, je m’assure d’avoir connaissance de ses besoins, désirs et contraintes. En travaillant collectivement avec et chez le client, je permets aux collaborateurs (chefs de projets, équipes de production…) de prendre connaissance de ces éléments, de challenger les idées pré-conçues, de manière à s’assurer de rester sur des pistes qui soient utiles et pertinentes pour l’utilisateur. Ainsi, on réduit les coûts humains et économiques inutiles.

Dans un second temps, ma mission consiste aussi à partager mon savoir-faire méthodologique et mes connaissances scientifiques avec mon équipe, principalement composée d’UX Designers, et plus largement avec toute La Mobilery. Les retours d’expérience sur mon propre processus de travail sont nécessaires dans une logique d’amélioration continue des méthodes et théories UX que j’utilise.

Concrètement, comment les datas peuvent-elles t’aider à imaginer des interfaces ?

De par ma formation de recherche en sciences humaines, j’ai emmagasiné un stock de connaissances sur le fonctionnement normal des individus. Évidemment, le fonctionnement normal d’un individu est un mirage ; il n’existe que des fonctionnements particuliers. Les datas que j’obtiens en mettant en place une démarche de recherche située (donc avec un utilisateur particulier, dans un environnement particulier, avec une technologie particulière) viennent compléter, modifier, voire parfois contredire ce que dit la science (quid des collaborateurs, à priori non spécialistes des sciences humaines) à propos du fonctionnement normal des individus.

Les datas que j’obtiens sont donc la brique élémentaire de la construction d’interface, quel que soit son niveau de fidélité (du concept au prototype embarqué interactif de haute fidélité, en passant par le prototype papier). Par exemple, pour être plus concret, dans un cycle idéal de recherche, je fais des tests utilisateurs que je complète par des questionnaires ou entretiens, lesquels me donneront des informations que je pourrais confronter à la littérature scientifique sur le sujet, pour bien délimiter le problème ou les améliorations potentielles d’une application. Une fois le problème déterminé, il s’agit de générer une multitude de solutions, puis de les tester avec de réels utilisateurs, et cela de manière itérative, le plus tôt possible dans le processus de conception. Le maître mot est l’utilisateur, avec ses objectifs et contraintes, et c’est cela qui va guider le développement de l’application/service/logiciel.

Merci Maxime pour cet article riche ! Nul doute que, maintenant, vous savez tout sur l’UX Research ! Et s’il vous restait des questions, si vous souhaitiez en découvrir davantage ou simplement si vous vouliez vous lancer dans l’UX, nous sommes à votre écoute en commentaire ou par mail ici !